Nouveau départ sur les chemins, le 16 avril 2010
Le récit d'un voyage hors du commun



Il y a fort longtemps, je me suis fais une promesse…

    C’est ainsi que débute le diaporama que J’ai réalisé, à la suite de mon périple de 75 jours, sur le chemin de Compostelle.
    Le récit :
     Ce matin du 28 juin 2006, lorsque je quitte mon domicile de Saint Ours, petit village situé à 7 Kms d’Aix les Bains en Savoie, j’ignore encore que je vais vivre une expérience unique et inoubliable pendant mon long voyage vers Saint Jacques de Compostelle.

    Cela fait des années que j’y pense, que j ‘en parle, que j’en rêve .
Il y a bien longtemps, j’ai découvert, dans une librairie, un petit mensuel de randonnée pédestre, un hors série de « la marche-magazine » qui traitait en détail, des Chemins de Compostelle.
    J’ai dévoré plus que je n’ai lu cet ouvrage qui m’interpelle. Un déclic, presque un choc !
    Ma lecture terminée, je savais dès lors, que je partirai un jour sur ce Chemin !
    Policier au Commissariat d’Aix-les Bains, en Savoie, j’attends patiemment mon heure. Je sais qu’elle viendra .
    J’ai la conviction qu’un beau matin, un bâton à la main,je m’élancerai .
En attendant, les enquêtes et les interventions de Police se succèdent .         Accidents, suicides, alcool , drogue et violence, délinquance …le quotidien d’un policier.
    Puis une nuit, c’est une intervention dans un immeuble en feu… En assistance aux sapeurs pompiers, nous avons évacué les habitants et avons défoncé des dizaines de portes pour nous assurer qu’il ne restait personne .
    J’ai le souvenir très désagréable, de la chaleur qui émanait des plafonds et des murs au 5ème étage de cet immeuble , de la fumée qui envahissait les couloirs.
     Avec d’ autres collègues, nous avons eu chaud, très chaud ! Par chance, cet incendie n’a fait aucune victime.
     Le danger passé, exténué, et parfaitement conscient que finalement la vie ne tient pas à grand chose, je me suis fait la promesse de me rendre à Saint Jacques de Compostelle à Pied, sans attendre, sitôt parvenu à la retraite .

Pourquoi ce chemin plutôt qu’un autre ?
    Sans aucun doute pour y trouver quelque chose d’unique, d’introuvable ailleurs.
    Chemin millénaire et mythique, emprunté depuis onze siècles par des millions de pèlerins, hommes ou femmes.
    Aujourd’hui emprunt d’une richesse culturelle extraordinaire. Un chemin qui a …une âme.
    Dès 1987, ce chemin a été désigné premier itinéraire culturel européen par le conseil de l’Europe.
    Une partie du Chemin en France a été inscrit au patrimoine Mondial de l’Humanité par L’UNESCO.
    Cet itinéraire est idéal pour se ressourcer, se « vider l’esprit », aborder la retraite d’une manière différente.
    Mettre ses pas sur ceux des anciens pèlerins...
    Combien, ont péri ? dévorés par les loups ou attaqués par les brigands. Combien sont morts, épuisés ou malades, avant même de parvenir au but ?     Ce chemin mythique emprunte les landes désertiques de l’Aubrac , la traversée des Pyrénées et le plateau immense et inondé de soleil de la Meseta en Espagne .

    Mais quelle joie, pour ceux qui arrivaient en Galice, devant la Cathédrale de Saint Jacques de Compostelle .
    Et quelle fierté de trouver sur ses côtes à la fin des terres, la fameuse coquille Saint jacques, preuve pour eux d’avoir effectué le pèlerinage.
      Pourtant, tout n’était pas fini pour eux, ils devaient reprendre le chemin du retour et affronter de nouveaux les dangers… »
    Tant de récits et de légendes ont traversé le temps…



Le premier juillet, je serais retraité ...
    Il va falloir passer aux choses sérieuses. Se préparer physiquement.
    Je ne suis pas un « pro » de la randonnée, je n’ai jamais beaucoup marché.

    Je préfère de loin, voler en parapente lorsque le temps le permet.
Oh pas un compétiteur, non . Juste pour le plaisir quand il fait chaud .
    Je suis frileux,j’ai horreur du froid. La date du départ à la retraite est fixée. Ce sera le premier juillet 2006.
     Cela approche. Pour se préparer, il faut marcher. Nous sommes au mois d’avril, c’est le printemps et les ballades sont plaisantes, colorées et odorantes.

Paysage en Vercors

    Le plateau du Vercors, dans le département de l’Isère. Un coin bien sympathique pour s’entraîner à mettre ses pas, l’un devant l’autre ... C’est décidé, ce sera le Vercors.
    Longues marches de 20 à 30 Kms, pendant plusieurs jours de suite. Un bon moyen de tester l’endurance.
    Les genoux vont-ils tenir ? Les pieds ne vont-ils pas trop souffrir ?
    Le sac à dos n’est pas trop chargé mais le soir au coucher, je m’inquiète, à tord.
    Les douleurs aux jambes, aux pieds, au dos s’estompent au cours de la nuit.  Le matin, après quelques raideurs, je repars de plus belle, heureux déjà de marcher.
Je me voit déjà sur le chemin de Saint Jacques. Les tests sont positifs .
    Je sais à ce moment là, que je peux le faire. Aller au bout de mon rêve. Il ne me reste plus qu’à trouver mon bourdon , le fameux bâton qui me sera utile pour éloigner les chiens errants et me soutenir tout le long du chemin.     C’est dans une forêt de ce Vercors, terre Glorieuse et dramatique à la fois que je choisis une branche d’épicéa épaisse et solide.
    D’une quelconque branche,  j’en ferais un robuste compagnon.

    Pot de départ à la retraite ...
    C’est sous le soleil, dans la cour du Commissariat d’Aix les Bains, qu’il se déroule. Un peu d’émotion mais aussi un immense bonheur.
    Jean Claude et sa compagne Maryse m’ offrent une coquille de terre cuite. Cadeau inestimable qui me fait un plaisir immense. C’est cette coquille que j’accrocherai derrière mon sac à dos tout au long de mon périple vers Saint Jacques.
    Maintenant, il faut s’équiper « Je fais le choix par ignorance, de dormir chaque nuit dans un camping.
    Trouver le matériel nécessaire pour ce long périple n’est pas une mince affaire. Je visite les magasins d’articles de sport de la région.
    Une tente légère si possible, un duvet, des gamelles en aluminium, des couverts, un réchaud à gaz. Les sacs à dos ne manquent pas, le choix n’est pas facile.
    J’essaie les chaussures de marche qui ne doivent pas être trop lourdes tout en étant étanches. Les chaussettes, anti-transpirantes, le poncho pour la pluie. Les gourdes, au moins deux, toujours avoir de l’eau, boire, boire beaucoup. »

Même si tu n'as pas soif, il faut boire...
    « C’est le conseil de Jean Claude, un ancien collègue de travail, un véritable ami.
    Un champion de randonnée et de grimpette, il a bien dû faire au moins une fois, tous les sommets.de SavoieIl a même eu droit un jour de malchance, à un baptême de l’air en hélicoptère, chouchouté pendant son vol par les secouristes de la CRS de montagne. Sa jambe brisée n’est aujourd’hui plus qu’un mauvais souvenir. Alors si Jean Claude dit qu’il faut boire souvent afin d’éviter les tendinites, c’est qu’il s’y connaît le bougre. »

Jean Claude en montagne

    Je prends contact avec l’Association Rhône Alpes des Amis de Saint Jacques.
    La délégation de la Savoie tient sa réunion mensuelle chaque 3ème vendredi à Cognin, près de Chambéry.
    Je me retrouve avec d’anciens marcheurs, d’anciens pèlerins . Leur compagnie est plaisante .J’apprend beaucoup de choses, hormis le fait qu’il faut éviter les campings . Peut être n’ai je pas posé la bonne question.
    Il m’est délivré suite à mon adhésion annuelle de 25 euros, le carnet du pèlerin . Ce document n’est pas obtenu à la légère. Une pièce d’identité m’est demandée. C’est sérieux. »

 

Le carnet du pèlerin

    Ce carnet, appelé aussi « crédentiale » va permettre de faire reconnaître la qualité de pèlerin sur le Chemin de Compostelle .
     Il ouvrira les portes des gîtes d’étapes et des accueils Jacquaires (d’anciens pèlerins qui accueillent ceux qui marchent sur le chemin, leurs proposant le repas et le couchage pour une somme raisonnable) .
    En Espagne, il est obligatoire de présenter la crédentiale pour accéder aux hébergements. Ce carnet comporte cent deux cases pour recevoir à chaque étape, un tampon du lieu de passage. Tampons tous plus beaux et colorés les uns que les autres
    A Saint Jacques de Compostelle, la délivrance de la » Compostella » sorte de diplôme remis au pèlerin ayant effectué au moins les cent derniers kilomètres à pied, se fera au vu de la crédentiale.
    Surtout ne pas l’égarer.


La Compostella                                    Le guide de l'association

    Il y a aussi le guide jaune de l’Association, concernant les chemins de Compostelle en Rhône Alpes . Il comprend une mine de renseignements pratiques ( liste des hébergements avec coordonnées téléphoniques pour la réservation, villages traversés avec les commerces existants, lieux à visiter, etc. … Indispensable.



Tout est prêt, c’est le départ…
     Il fait un temps magnifique lorsque je passe la porte de mon domicile . Mon sac à dos est lourd, trop lourd. Pas loin de 19 kilos.
    Coquille sur le sac et bourdon à la main,je m’élance. Une étape de 32 kilomètres va me conduire à Chanaz, petit village situé au nord du lac du Bourget.
    Le village de Chanaz, où passe le Chemin de Compostelle . Cette première étape, c’est 32 kilomètres de bitume , le long d’une route dont une grande partie se fera agréablement en bordure du lac.
    Je prend même le temps d’une petite baignade. Première halte importante pour le soin des pieds. Pieds qui commencent à souffrir .
    Une ampoule vite soignée et je reprend ma route. Lorsque j’arrive au terme de cette étape, je suis épuisé et fourbu.
    Les douleurs dorsales me laissent perplexe. Trop de poids, trop lourd.
    Me reviennent à l’esprit les paroles de mon ami Franck qui disait : « Le poids, c’est l’ennemi » et comme il avait raison.
     Trouver une solution, rapidement . Le voyage ne pourra se poursuivre qu’en allégeant le sac . Mais comment faire ?
     Le lendemain, l’étape est plus courte et je me trouve désormais sur le chemin officiel, le GR 65, chemin de grande randonnée . Le chemin de Compostelle, reliant Genève au Puy en Velay.
    Puis, c’est le camping de Yenne, au bord de l’eau. La tente est vite montée, le duvet installé.
    Après un bon repas, je m’endors . Le matin, c’est la fraîcheur de la rosée qui me réveille. Petit déjeuner, toilette, puis c’est le départ vers Saint Genix sur Guiers.
    Première difficulté, l’ascension du Mont Tournier, qui domine une vallée où coule le Rhône. Si les points de vue sont magnifiques, le sac n’en est que plus lourd dans cette rude montée.  Je commence à douter de la poursuite de mon périple. Je dois trouver une solution.
    Au cours de cette étape, à proximité d’un point d’eau, je rencontre un couple ; Yvette et Jo . Partis d’Annecy, ils se rendent eux aussi à Saint Jacques de Compostelle. Tandis qu’après de brèves paroles, le couple re-part, je m’accorde quelques instants de repos. Le doute à l’âme…
    C’est dans une auberge du village de Saint Maurice de Rotherens que je reprend un peu de force en mangeant un sandwich arrosé d’un bon demi de bière bien frais.
    Un livre d’or se trouve sur la table . Témoin du passage des pèlerins, j’en découvre quelques écrits. L’étape que je viens de parcourir n’est pas facile, le registre et ce qu’il contient, en témoignent.
    J’ajoute quelques lignes sur ce livre de mémoire : « Heureux d’être sur ce Chemin, Jean Louis, le pèlerin solitaire »
    A cet instant, j’ignore que je ne serais pas solitaire longtemps, que le chemin en a décidé autrement…

Assise sous un arbre, je découvre Françoise…
     En arrivant dans la ville de Saint Genix, je vois une chapelle. J’en cherche l’entrée, pour une petite halte. Je la contourne .
    Là sous un arbre, je vois une femme, assise . Elle est équipée d’un sac à dos et d’un bâton . Est-ce une pèlerine ? Qu’attend t’elle ?
     Elle se présente, dit s’appeler Françoise et venir de Tarentaise. Elle marche sur le chemin de Compostelle pour rejoindre le Puy en velay. Elle déclare avoir déjà parcouru le reste du Chemin, en plusieurs fois.
    Elle attend qu’on vienne la chercher afin de passer la nuit dans un accueil monastique, à Belmont Tramonet, situé à 5 kilomètres de cette chapelle où nous sommes, la chapelle de Pigneux.


Chapelle de Pigneux

    Je lui conte mon étape, mon but, la difficulté éprouvée lors de l’ascension du mont Tournier, le poids du sac à dos. Je lui dit être à la recherche d’un camping pour y passer la nuit.
    Françoise s’insurge : « Comment, un camping, mais le chemin de Compostelle, c’est les rencontres, le partage . C’est le soir dans les gîtes, dans les accueils Jacquaires que l’on peut trouver tout cela, pas dans les campings où l’on ne rencontre personne ! Et puis des campings il n’y en pas partout.     J’attends une voiture qui doit me conduire à l’abbaye de la Rochette, si tu veux je demanderai si tu peux venir aussi. Nous serons reconduits au matin, ici même afin de poursuivre notre chemin. »
     Elle n’a pas besoin d’insister, j’accepte. Dormir dans un lit sans autre préoccupation que de se glisser dans des draps. Quelques instants plus tard, je m’installe à l’arrière du véhicule avec Françoise.
     L’accueil à l’Abbaye est chaleureux. Pour la somme de 20 euros, une petite chambre sympathique et un excellent repas . Au matin le petit déjeuner est copieux.
    La veille au soir, avant de m’endormir, je procède au trie du contenu de mon sac à dos. Décidé à laisser sur place tout le matériel de camping.     Tente, gamelles, réchaud, couverts, tout est mis dans un sac de plastique, sans oublier mon matériel d'aquarelle,  au moins sept kilos.
    Une religieuse accepte de conserver ces objets quelques jours, lesquels seront récupérés plus tard par Dominique, ma compagne. »

    Le matin, lorsque je reprends le chemin en compagnie de Françoise j’ai l’impression d’avoir des ailes dans le dos.

Plus loin, nous retrouvons Yvette et Jo et cette fois, faisons vraiment connaissance.


Très sympathique couple d ‘Annecy.

     Au cours de mes 75 jours de marche, j’ai rencontré des gens formidables de toutes nationalités (même une japonaise) et je prenais chaque pas, chaque rencontre, chaque paysage, comme un cadeau.
    Que de bonheur et de partage, que de beauté sur ce chemin. J’ai si souvent prononcé ces mots que je m’en suis enivré .
    L’arrivée devant la Cathédrale de Saint Jacques de Compostelle est inoubliable . Mais quelle joie, d’apprendre la naissance de mon petit fils
« Evan », alors que je marchais , en terre d’Espagne.
    A Fisterra, sur les côtes de Galice, à la pointe extrême ouest de l’Espagne, face à l’océan, j’ai eu l’intime conviction d’avoir tourné une
 page importante de ma vie, et d'en commencer une nouvelle.
    Je souhaitais une « transition » toute en douceur, entre ma fin d’activité et ma retraite, ce que j’ai vécu pendant deux mois et demi sur le chemin des étoiles (c’est le nom donné au chemin de Saint Jacques de Compostelle), a été bien au delà de toutes mes espérances.
    Comme beaucoup d’autres marcheurs, je peux dire aujourd’hui que je suis parti randonneur mais que je suis revenu pèlerin.
    La page est tournée, quelle belle page !

  Le diaporama que j’ai réalisé, retrace la suite de mon pèlerinage
    Les deux mois et demi de bonheur que j’ai vécu sur ce chemin, je me devais de les faire connaître à mon retour . C’est le but de ce diaporama.     A votre tour, osez, et partez sur le chemin des étoiles , à votre rythme.
    Ce qui vous attend sera personnel et intime, mais cette expérience sera   inoubliable et magique. 


   

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